[C'est arrivé près de chez vous] Le 100 miles du Trail de la Roche d'Oëtre 2025
Le trail de la Roche d'Oëtre était l'occasion de tester un nouveau format pour moi — le trail en étape, avec une pause de 3h minimum. L'idée : m'améliorer sur l'autonomie — la première partie de 74km se faisant sans balisage, sans chrono, sans assistance.
Une seule contrainte : être arrivé avant minuit, et avoir suivi la trace préalablement envoyée par l'organisation. Ensuite, départ à 3h du matin pour le 88km (qui fera 90km) avec les autres coureurs, sur un format standard (avec chrono et balisage, donc 😅).
Avouons le : sans ravito, avec uniquement une base de vie à mi-parcours pour récupérer un sac, la logistique est plus complexe que sur un ultra standard. Pas question d'emmener 2 ou 3 barres et de compter sur les ravitos pour se… ravitailler — il va falloir amener à manger pour 2 fois 40km, et prévoir de quoi manger à la base de vie de mi course.

S'ajoute à ça la pause au milieu : où, quand, comment on dort ? Qu'est-ce qu'on mange ? Est-ce qu'on se lave ? Comment on s'habille pour ne pas prendre froid ? Pour ne pas avoir trop chaud non plus ?
Pas de secret donc, il faut commencer à préparer ce break quelques semaines avant. Par exemple, je ne suis pas fan des matelas gonflables, j'opte pour un lit de camp (merci Amazon), et je prends le temps de dresser une vraie ToDo list, combinant à la fois matos à amener et étapes à suivre pendant la course. J'en ai d'ailleurs fait un billet de blog.
Alors, comment ça s'est passé ?
Rendez-vous est pris le samedi matin à 09h30 pour un briefing d'avant course. Arrivé la veille dans l'Orne, je me lève pas si tôt et arrive sur place un peu avant 9h, le temps d'aller chercher mon dossard, récupérer la casquette, et d'enfiler mes baskets. On récupère, pour le temps de la course, une balise, et une carte papier (dans les cas extrêmes où on se retrouve en rade de batterie sur notre montre, en rade de téléphone, et en rade de batterie externe — oui, il faut être paré à tout éventualité 😅).

Départ est donné à 10h, on est 21 à partir. Peu nombreux, on a la place pour une photo de groupe où on voit tout le monde — ça n'arrive pas souvent en début de course ! On s'élance vers le nord pour une première quasi boucle d'une vingtaine de km. La météo est bonne, on est sur des chemins normands sans trop de complexité. Je cours avec un groupe pendant ces 20 premiers — à un moment je m'arrête pour straper mon pied gauche sur lequel je sens un frottement. Le groupe part devant, je ne les reverrai plus.
Je continue en solo vers le premier point d'eau — qui se trouve, instant nostalgie, à la “Maison de la rivière et du Paysage” : un coin où j'allais enfant avec mon école primaire.
La météo est avec nous : pas trop chaud ni trop froid, pas de pluie annoncé. Je continue d'avancer tranquillement avec quelques erreurs de parcours — pas toujours facile de suivre la trace, je combine suivi à la montre et avec MapOut, qui me sauve quelques fois la vie dans les coins compliqués — la trace du premier jour fait un peu moins de 75km, et je m'en tire avec un peu plus de 78 ! Bien sûr la montre n'affiche quasi jamais la même distance que la trace prévue, mais il faut surtout mettre ça sur le dos de quelques allers-retours dans des chemins. Je trouve ça encore plus compliqué de s'y retrouver quand il faut prendre un virage soudain après une longue ligne droite, où l'esprit se décroche un peu.
Arrêt à la base de vie du 42e km, un marathon de fait. Je récupère mon sac de délestage, et je m'enfile un riz micro-ondable, des biscuits, une pomme. Un repas de luxe quoi. Changement classique de chaussettes et de tshirt — j'attrape également la frontale dans mon sac : ne pas oublier que ça va se finir dans la nuit cette histoire !
Pendant cette deuxième partie de course, une petite voix s'invite dans ma tête. “Vas-y, accélère un peu, et comme ça t’aura le temps d’aller faire une pause et dormir chez ta mère” (qui habite à 25 minutes de là). On a débattu pendant un moment, avant que je la fasse taire : ce n'est pas le plan prévu. “T’as un plan, tu le suis à la lettre. Si le plan ne te plait pas, tu n'auras qu’à mieux le faire la prochaine fois. On suit le plan, point barre.” Elle n'est plus venue me rendre visite de la course.
La journée continue sur les chemins normands, et la nuit tombe quand j'arrive au deuxième et dernier point d'eau — 3 bidons posés sur une table, au milieu d'un chemin. Ça c'est le trail, le vrai. J'accroche ma frontale et termine tranquillement (avec quelques erreurs de parcours, certains chemins ne sont… pas des chemins 😅). On a aussi le droit à quelques frayeurs à la frontale !

J'arrive à l'heure prévue sur mon plan : 22h. On vérifie ma trace, je pars chercher mes affaires à la voiture, je prends une douche (chaude, quel bonheur), je m'installe sur mon lit de camp, et prépare le maximum pour ne rien avoir à faire avant de repartir (flasque, sac, etc). Je me fais chauffer un riz, et j'ouvre des biscuits. Je vois Seb arriver, un autre concurrent, qui a fait une erreur de trace. L'orga l'envoie refaire une boucle d'1km en pénalité de ce qu'il a coupé. La règle, c'est la règle. J'enfile une polaire, un jogging, un cache yeux, des boules quiès, je laisse mes pieds respirer, et je m'allonge. Malheureusement, la salle de repos est juste à côté de là où se tient la Pasta Party du samedi soir, et il reste du monde à discuter dans la pièce d'à côté, séparée par un mur amovible, donc autant dire qu'il n'isole pas du son. Impossible de dormir donc, mais s'allonger repose malgré tout.
Réveil prévu : 2h du matin. Je mets ma montre, et mon réveil 5 minutes plus tard — si jamais je n'entends pas la première, au moins le second fera son taf.
Purée, une heure, ça passe vite.
Je me réveille, je tente d'émerger : même si je n'ai pas fermé l'oeil, je suis quand même dans le gaz. Je tente de manger un peu. Du riz froid, quelques biscuits. Pas grand chose passe. Purée j'aurais bien pris un café là tout de suite.

Bonne idée d'avoir tout préparé en amont, avec ma tête ailleurs de 2h10 du matin, j'aurais pu oublier tellement de trucs, et me sentir encore plus pressé. Je range tout mon bordel, je me change, je fais les derniers ajustements, avant de me diriger vers la voiture pour y remettre mes affaires - il est déjà 2h45. En revenant de la voiture, sur mes pas, je m'aperçois que j'ai fait tombé le coussin saucisse — un petit sprint pour le remettre dans le coffre, et me voilà sur la ligne de départ.
On est 300, ça change du samedi. Aussi, il fait nuit noir, et on part dans l'autre sens. Je me place à l'arrière du peloton — tout simplement parce que je n'étais pas en avance.
Rapide check du bonhomme - aucune douleur musculaire. Les pieds un peu attaqués, mais moins qu'à l'accoutumé : il faut croire que le straping en préventif fonctionne. Fatigué, comme un mec qui a déjà avalé 80 bornes, mais prêt à repartir. Feu.
La course s'élance, et je trottine tranquillement. Quelques bouchons à droite à gauche sur les chemins normands. Classique.
J'arrive un peu difficilement au premier ravito, avec seulement 10 minutes d'avance sur la barrière horaire — la fin de nuit a été compliquée, je n'arrête pas de piquer du nez, j'attends le soleil avec impatience. Je rempli mes flasques, mange quelques trucs. Je suis un peu effrayé par les kilomètres qui arrivent : nous les avons fait dans l'autre sens hier, et c'était vraiment, vraiment compliqué. Je m'inquiète aussi pour la barrière horaire : nous avons au total 07h15 pour faire 42km avec 2000m de D+, tout en sachant que la seconde partie (entre les 2 ravitos) est un chantier sans nom.
Je repars, le soleil se lève, je reviens doucement à la vie — malgré tout, j'en bave, ma montre affiche 1 km en 17 minutes entre le 30 et le 31. Il me faudra 1h pour faire 4km. Autant dire qu'on avance pas vite à cet endroit.
J'arrive vers la Forêt Auvray. Je sais que ma chérie sera au ravito, je me raccroche à cette idée. La barrière horaire de 07h15 de course se rapproche dangereusement. Je la vois s'approcher, mais la dernière ligne droite avant le point de contrôle est une loooooooongue côte — je la connais déjà, on l'avait subit pendant le Tour de la Suisse Normande avec mon amoureuse. Elle me rejoint d'ailleurs avec ma fille dans cette côte. Je presse le pas, je tape sur des bâtons.
Je bippe à 7:16:35 de course.
On est trois du 100 mile à passer entre 7:16 et 7:18. Dépités, tous les trois. 5 du 90 passent aussi autour de ce créneau. On est dépités, mais c'est le jeu. Les bénévoles sur place passent un coup de fil.
Tout d'un coup, l'humeur change : l'organisation a décidé de décaler la barrière horaire de 15 minutes. Soulagement, on peut repartir. Cela dit, pas le temps de chômer. Ma chérie et ma fille me ravitaillent avec une précision digne d'une course de Formule 1. En à peine 10 minutes, j'étais reparti.
Je pars quasi dernier de ce ravito. Une cinquantaine de personne n'auront pas passé cette barrière horaire.
On ne va pas se mentir, ça m'a mis un petit coup de stress. Je repars en trottinant à mon petit rythme habituel sur une dizaine de kilomètre. Et je me dis “non, pas question que je revive ça". J'accélère le pas. Je sais que la suite du parcours sera plus simple : des chemins comestibles, des longues descentes, normalement plus de coins techniques à l'horizon.

Je me surprends à courir “vite” (entre 6 et 6'30 au kilo, donc “vite”, on s'entend, vite pour un 100 miles on va dire). Je gagne des places (sur le classement du 90 tout du moins). Les chemins sont bien plus agréables et comestibles, ça monte et ça descend mais la seconde partie (du 42 au 65) est presque plate. J'entre en mode focus, je regarde 2m50 devant moi, et j'avance.
Dernière barrière horaire au km 65, j'arrive avec 30 minutes d'avance sur la nouvelle barrière horaire (donc 15 sur la BH originale). Ça me rassure un peu, j'ai moins l'impression de l'avoir volé : j'ai eu un petit coup de pouce pour 2 minutes, mais maintenant me voilà de nouveau dans les temps.
La fin de course s'annonce un peu plus raide : 24.5 km et 800 de D+, ça va grimper. J'ai 4h20 pour les faire. Je continue de rester focus et d'avancer. Je cours quasiment tout le temps, quand ça monte, quand ça descend, quand c'est plat.
Je mange les dernières difficultés de la course, j'arrive en haut de la Roche d'Oëtre, et bien sûr… je finis au sprint (ceux qui savent savent). J'arrive avec 45 minutes d'avance sur la barrière horaire, 30 minutes sur la barrière originale.

Nous sommes 8 sur 21 à avoir terminé de 100 miles. 30%, c'est peu. Je retrouve ma chérie, ma fille et ma maman qui sont venues me récupérer à l'arrivée. Content d'avoir réussi à en découdre 💪
Ça s'est bien passé
- ✅ Physiquement : zéro douleur ou bobo pendant la course, bon moteur & physique solide, je me suis surpris sur la deuxième partie à relancer fort sur le plat et en descente
- ✅ Logistique : Première fois que je prends autant de temps pour organiser ma course, notamment avec une todo list pour les bases de vie et l’entre tour, ça fonctionne bien et c’était plaisant à organiser.
- ✅ Mental : À aucun moment je n'ai eu envie de DNF, et content d'avoir réussi à faire taire la petite voix qui me chuchotait de dévier du plan. J'ai aussi débloqué le fait que je pouvais courir plus vite que ce que je croyais.
Ça s'est mal passé
- ❌ La navigation à la montre et avec MapOut : Globalement ok, mais encore un peu bancal par moment. Les pieds :
- ❌ J’ai beaucoup moins d’ampoules depuis que je strap en préventif, mais j’en ai toujours pas mal, ça me dessert en descente. Point à continuer à creuser.
- ❌ Alimentation : Pas assez mangé pendant la course, ni pendant le break
- ❌ Les bâtons : encore à bosser
Si j'avais à le refaire
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Revoir le break, et aller dormir ailleurs
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Boire du café avant de partir pour la deuxième partie
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Courir plus vite au départ du 90, clairement les barrières horaires sont pensées pour un rythme 90km, pas pour un rythme 100 miles.
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Manger plus
Si jamais tu es de l'orga et que tu lis cette page : et si on pouvait s'inscrire uniquement à la première partie, sans avoir besoin de faire la seconde ? Je suis sûr que des traileurs cherchant une sortie longue en seraient friands.
Comme d'hab, c'est sur mon Strava :